MARILYN MANSON: L'HEURE DU BILAN
Il est souvent
bon, passé l’enthousiasme des premiers mois qui suivent la sortie d’un album, et
celui des semaines qui suivent un concert, de reconsidérer les choses à tête
reposée. Et maintenant que l’ère Eat Me Drink Me touche à sa fin, ou du moins en
a tout l’air, je vous propose de passer en revue ces deux ans qui ont vu tour à
tout la résurrection et la rechute de Marilyn Manson.
2007 : Marilyn Manson, la résurrection
Non, ce
n’est pas Jésus Christ revenant parmi les siens, mais ça y ressemble. Fin 2006,
notre artiste préféré émerge enfin, par les saintes voies de l’adultère, d’un
vortex dépressif qui avait sapé en lui tout acte créateur. En peu de temps, il
met un terme à la paralysie qui avait saisi l’année 2006. D’une part, il vire
son webmaster, pour reprendre en main son site web et mettre un terme au petit
jeu d’énigmes qui avait tant séduit/agacé les fans (rayez la mention inutile).
Reprendre en main, un bien grand mot puisqu’une fois mis en place le nouveau
design du site, il changera peu, trop peu. Comme si le site web, au même titre
que le myspace et les autres babioles genre vampirefreaks, n’était plus qu’un
moyen de promo dont Manson se désintéresse.
Peu à peu, Manson revient sur le devant de la scène, soignant les mises en
scènes de chacune de ses apparitions, jusqu’à l’achat d’une nouvelle maison à
Berlin (maison dont là encore on n’entendra plus parler après le temps de la
promo). Et finalement, fin juin, l’album est là, et la tournée a commencé.
On se
souviendra des propos de Manson, de l’enjeu de cet album, à savoir pour Manson
une sorte de catharsis, de retour à la vie, ni plus ni moins. L’album joue la
carte d’un romantisme noir, sur fond de vampirisme, de cannibalisme, de road-movies
et surtout, le plus important, d’amûûûûûr. Oh oui, l’amour. Après le divorce
avec Dita la succube, celle qui avait fait de notre sauvage antéchrist une icône
de podium de grands stylistes, Manson affiche partout son nouveau jouet, la
poupée barbie Evan Rachel Wood, dont il justifie la présence dans le livret de
l’album par une thématique nabokovienne, à savoir une relation comme celle
évoquée dans Lolita (et en effet, ERW a presque l’âge d’être sa fille !). Alors,
le retour du roi de la provocation ? Assurément, mais provocation intelligente,
il est permis d’en douter. Entre les « je ne dis pas que je sodomise Evan », les
allusions bien grasses sur les plateaux télé devant quelques intellectuels
souriants, le clip faussement pornographique et surtout indécent, Manson en est
réduit à de la provocation facile, gratuite, et surtout inoffensive. De la
provoc de rappeur MTV, en quelque sorte. Le Manson si perspicace, si lucide par
son regard sur le monde, est désormais centré sur son nombril et ne parle plus
que de lui et de sa dulcinée (à ce propos, avez-vous remarqué qu’à chaque
interview il utilisait la structure syntaxique « It was me trying to … », pour
marquer son impuissance, ce qui témoigne bien des réponses toutes faites qu’il
modifie à peine entre deux interviews).
Le
disque en lui-même n’est plus celui d’un groupe, mais celui de deux hommes,
d’une part Tim Skold, seul en studio, à tous les postes, imposant sa touche à un
Manson incapable de gérer sa carrière, et d’autre part ledit Manson, couché au
sol à gémir sur les accords de Skold. Manson a suffisamment détaillé tout cela
pour y revenir, mais ce lyrisme désespéré, finalement trop beau pour être vrai,
ne sera au final pas si beau que ça, et peut-être pas si vrai non plus. Les
critiques sont sceptiques. Dans un premier temps, par les médias non-spécialisés,
l’album est bien accueilli, mais par les critiques rock, mitigé. On lui reproche
un son trop pop, des textes trop emo, bref, d’être trop à la mode, ce qui
pouvait être la pire des choses pour Manson, l’avant-gardiste,
l’anticonformiste. Du coup, l’album passe à peu près inaperçu, reçoit de mauvais
scores, et plutôt qu’une mauvaise pub, rencontre un silence peu impressionné. La
machine Manson est cassée, l’effet est estompé.
Du côté du label de Manson, on sent bien que peu à peu la tension monte. Seuls
deux singles sortiront, peu diffusés sur les chaînes musicales et les radios, et
étrangement Universal ne fait rien pour remonter Manson. Du côté des B-Sides
desdits singles, c’est absolument vide, pas une seule inédite, rien que des
remix technoïdes-tektoniks qui horripilent les fans. Les collectionneurs se
rabattent par dépit sur des versions maxi sorties au Japon, qui ne contiennent
que d’autres remix.
2007-2008 : La rechute ?
Manson part en tournée avec une nouvelle équipe : le guitariste-bassiste de
Prodigy, Rob Holiday, qui sera bien accueilli par les fans pour son talent et
son look, Chris Vrenna de NIN au clavier, remplaçant Pogo éjecté à coup de
salaires impayés (le procès est toujours en cours, nous nous abstiendrons donc
de porter un jugement sur la véridicité de ces accusations), Ginger fidèle à la
batterie, dernier survivant du groupe depuis 1995, et Tim Skold à la guitare. Et
c’est là que le bât blesse. Skold vaut toujours mieux que Chaussee, mais force
est de reconnaître qu’il n’est pas un John 5, pas un guitariste de génie, et
qu’il peine même parfois à reproduire les solos qu’il a lui-même composé.
Au fil
d’une tournée (dont une branche en partenariat avec Slayer, singulier contraste
entre le Manson ramollover et le Kerry King brutal au possible) qui vaudra
toujours mieux que les deux précédentes, ne serait-ce que pour les améliorations
vocales de Manson, les relations entre Manson et Skold se dégrade peu à peu. Les
rumeurs vont bon train, on pense que Manson est amer pour les ventes du disque
qui décollent pas, qu’il reproche cet échec à Skold, et ce qui devait arriver
arrivera fin 2007 : Skold quitte le groupe au milieu de la tournée, alors que
Manson introduit son remplaçant : ce n’est autre que Twiggy Ramirez.
Les fans jubilent, enfin une nouvelle excitante ! La tournée 2008 aux Etats-Unis
s’achève donc sur de très bons échos, avec notamment un retour à de vieux titres
plus joués depuis 1997 en live, pour célébrer la réconciliation des deux frères.
Manson, ultime tentative pour reconquérir un public qui commence à déserter les
salles de concert, joue la carte de la nostalgie, et ça marche ! Il semble bien
que le groupe reprenne du poil de la bête et montre qu’il a encore de l’énergie
à revendre. Fin mars, le groupe met fin à sa tournée pour revenir en studio,
avec Twiggy, composer un nouvel album.
On peu
désormais craindre le pire ou espérer le meilleur. Il semble bien, il est vrai,
que les retrouvailles avec un Twiggy au chômage ne soient finalement qu’un autre
coup marketing, tout comme cet étalage de beaux sentiments que Manson nous
afflige, sur ce frère qui remplace un frère, il n’empêche que Twiggy est la
dernière chance de Manson. Marketing ou pas, le petit Jeordie a bien grandi,
auprès de Trent Reznor, de Maynard, des plus grands, alors que Manson a stagné.
Ou régressé. Si Manson ne reproduit pas son erreur, s’il se rappelle qu’il est
un groupe, et que lui, n’a jamais eu de talent de compositeur, alors il pourra
frapper fort. S’il prend le temps de faire mûrir un bon concept, de faire un
album plus consistant, alors il reconquérra son public. Mais s’il persiste dans
cette voie (et si Marilyn Manson n’avait plus rien à dire ?), cet album sera
probablement le dernier. Les quelques fans qui y croyaient encore se
détourneront de lui, Universal le lâchera, et il ne restera plus à Manson qu’à
prendre une leçon d’humilité. C’est peut-être ce qu’il lui faut, après tout.
Jamais Manson n’aura eu un tel défi à relever, jamais la pression n’aura été
aussi forte, le temps est venu pour nous de savoir si notre idole est devenu
aussi has-been que Jean-Pierre Mader, ou s’il peut encore nous foutre un bon
coup de poing dans le ventre, et nous couper le souffle – le notre, et celui des
critiques musicales.
KaeS.
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